Au Sénégal, le Cored plaide pour une autorégulation renforcée face à l’IA
À l’occasion de l’installation du Tribunal des pairs du Conseil pour l’observation des règles d’éthique et de déontologie dans les médias (Cored) pour le mandat 2026-2029, responsables et experts ont mis en garde contre les risques liés à l’usage croissant de l’intelligence artificielle dans les rédactions et demandé un renforcement de l’autorégulation.
La responsabilité humaine au cœur du débat
Le professeur Abdoulaye Sakho, lors de sa leçon inaugurale tenue le 14 octobre 2026 à la Maison de la presse Babacar Touré, a posé la question centrale : « Qui répond de l’information lorsque la machine l’écrit ? » Il a rappelé que si l’IA facilite la transcription, la traduction et la synthèse, elle peut aussi produire des informations erronées, inventer des citations ou générer des images et des voix susceptibles de tromper le public.
Sakho a souligné que les fondements du droit sénégalais — notamment le Code de la presse de 2017 qui définit le journaliste et les responsabilités éditoriales — peuvent servir de base : l’utilisation d’un outil automatisé n’exonère pas les dirigeants de médias de leurs obligations. « La machine ne sera jamais responsable, mais c’est à l’humain de répondre de la machine », a-t-il résumé.
Renforcer l’autorégulation pour limiter l’intervention de l’État
Pour le président du Cored, Ousmane Ibrahima Dia, il est essentiel que les mutations technologiques ne détournent pas les journalistes des principes fondamentaux du métier — respect des faits, distinction information/opinion et équilibre du traitement de l’actualité. Il défend le renforcement de l’autorégulation comme moyen de consolider la responsabilité professionnelle et de réduire les risques d’intervention étatique dans les médias.
Le ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement, Bacary Sarr, a annoncé une révision prochaine du Code de la presse et l’exploitation des conclusions des assises nationales des médias et des journées de concertation pour adapter le cadre aux défis actuels et futurs.
Propositions concrètes pour encadrer l’usage de l’IA
Plusieurs recommandations ont été formulées : l’élaboration d’une charte dédiée à l’usage de l’IA dans les rédactions, la coopération entre le Tribunal des pairs et le futur Conseil national de régulation des médias, ainsi que le renforcement des capacités techniques des instances professionnelles pour analyser des contenus générés ou manipulés artificiellement.
Abdoulaye Sakho a aussi préconisé une veille conjointe contre les hyper-trucages (deepfakes), notamment avant les échéances électorales, et une formation continue des journalistes. Le nouveau Tribunal des pairs installé pour 2026-2029 compte douze membres expérimentés (dont cinq femmes) ; le mandat précédent a traité 11 affaires majeures entre 2023 et 2026, avec 42 avertissements et 15 blâmes.
Source initiale : seneweb.com


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