Au cœur d’une communauté d’Équateur touchée par le syndrome de Laron, une piste contre le cancer
Dans la vallée isolée de Piñas, au sud de l’Équateur, des familles partagent depuis des générations une mutation génétique rare : le syndrome de Laron, qui empêche la croissance normale et maintient les adultes autour de 1,2 m. Au‑delà des défis quotidiens, cette communauté attire aujourd’hui l’attention des scientifiques pour une raison inattendue : une incidence très faible de cancers et de diabète parmi les personnes concernées.
Un lien possible entre faible IGF‑1 et protection contre le cancer
Le syndrome de Laron est dû à des anomalies du récepteur de l’hormone de croissance, entraînant une baisse de la production d’IGF‑1 (facteur de croissance analogue à l’insuline de type 1). Des études menées sur des cohortes d’Équatoriens et d’Israéliens montrent un taux de cancer et de diabète bien inférieur chez les personnes atteintes du syndrome par rapport à leurs proches de taille normale vivant dans le même environnement.
Les chercheurs, dont le Dr Jaime Guevara et le professeur Zvi Laron, émettent l’hypothèse que des taux d’IGF‑1 plus faibles réduiraient la capacité des cellules cancéreuses à échapper à l’apoptose (mort cellulaire programmée). Ils cherchent aujourd’hui à reproduire cet effet protecteur chez des personnes sans la mutation, via des médicaments ou des interventions alimentaires, mais soulignent que des travaux supplémentaires sont nécessaires.
Ce que révèlent les observations de terrain
Une étude sur 22 ans en Équateur n’a recensé aucun cas de diabète chez les patients atteints du syndrome et un seul cas de cancer non mortel, contre 5 % de diabète et 17 % de cancer parmi leurs voisins de taille normale. Le professeur Laron publiera un recensement complet des cas identifiés entre 1966 et 2025, qui précise la diversité des variantes génétiques du récepteur de l’hormone de croissance.
Vies quotidiennes, traitements et limites
Pour les habitants de Piñas, vivre avec le syndrome comporte des difficultés sociales et médicales. Les jumeaux María Luísa et María del Cisne racontent l’entraide familiale et le regard des autres lorsqu’ils ont quitté leur région. Le diagnostic de cancer du côlon de María del Cisne, survenu récemment, rappelle cependant que la mutation n’offre pas une immunité absolue.
Un traitement, l’Increlex, peut stimuler la croissance s’il est administré pendant l’enfance, mais son coût élevé, ses effets secondaires potentiels et l’accès limité freinent son usage dans cette région. Les chercheurs étudient aussi des modèles animaux pour mieux comprendre les mécanismes en jeu.
Enjeux : l’étude de cette communauté pourrait éclairer des pistes pour prévenir certains cancers, mais la traduction de ces observations en traitements sûrs et accessibles demande encore des années de recherche.
Source initiale : BBC



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