Quinze ans après Kadhafi : que reste-t-il du kadhafisme en Libye et en Afrique ?
Quinze ans après la mort de Mouammar Kadhafi, l’héritage du kadhafisme se lit moins comme une doctrine exportable que comme le reflet d’une histoire nationale, de pratiques de pouvoir et de bouleversements régionaux. La chercheuse Virginie Collombier éclaire ce qui demeure de l’idéologie et pourquoi son influence varie entre la Libye et le reste de l’Afrique.
Au-delà du Livre vert : un système idéologique et institutionnel
Le Livre vert reste le texte symbolique du kadhafisme, présentant une « troisième voie » entre capitalisme et communisme. Mais, souligne Collombier, le régime reposait sur un ensemble plus vaste : institutions (comités populaires), conception économique proche de certaines formes de socialisme, ancrages religieux évolutifs et une politique étrangère oscillant entre nationalisme arabe, panafricanisme et anti‑impérialisme.
Répression, centralisation et redistribution
Malgré le discours de démocratie directe, le pouvoir était fortement centralisé. La répression politique et la négation de la diversité ethnique et linguistique ont accompagné des politiques de nationalisation et un mécanisme de clientélisme local mêlant répression et récompense. La redistribution des revenus pétroliers a renforcé ce système centralisé.
Une influence contrastée hors des frontières
En Occident, l’image du kadhafisme s’est cristallisée sur la répression et les soutiens à des mouvements armés, d’où les sanctions internationales. En revanche, en Afrique, Kadhafi a conservé une aura auprès de certains dirigeants grâce à ses investissements et son soutien au développement et aux mouvements anti‑coloniaux. Cette popularité varie toutefois selon les générations et les pays.
Pourquoi le kadhafisme n’a pas survécu politiquement en Libye
La révolution de 2011 a plongé la Libye dans une guerre civile où s’entremêlaient luttes internes et intervention étrangère. La polarisation a marginalisé les nostalgiques du régime ; plusieurs anciens cadres ont été récupérés par des forces rivales après 2017-2018. Le décès de Saif al-Islam en février 2026 a encore fragilisé tout projet politique unifiant autour de la famille Kadhafi, faute de chef disposant à la fois d’une armée et de ressources financières.
Source initiale : RFI




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