À bord de l’Ocean Viking : la Méditerranée centrale, une traversée de plus en plus mortelle
Parti de Syracuse pour plusieurs semaines, l’Ocean Viking, navire de sauvetage exploité par SOS Méditerranée, reprend les patrouilles en Méditerranée centrale dans un contexte dramatique : les traversées depuis la Libye et la Tunisie deviennent plus mortelles, tandis que les ONG voient leur action contrainte par des mesures politiques et des interventions des garde-côtes.
Une route migratoire de plus en plus létale
L’année 2026 s’annonce déjà parmi les plus meurtrières depuis 2014 : en six mois, 1 570 personnes sont mortes en traversant la Méditerranée vers l’Europe, selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM). L’équipage de l’Ocean Viking estime toutefois que ces chiffres sous-évaluent la réalité, en raison de nombreuses disparitions non comptabilisées.
Le navire, reconverti en 2019 et équipé d’une clinique, de containers-refuges et de semi-rigides de sauvetage, s’entraîne pour faire face à des afflux massifs et à des cas médicaux graves (noyades, déshydratation, brûlures liées au fioul, hypothermies…). Les départs depuis les côtes libyennes et tunisiennes sont plus fréquents en été, période où les garde-côtes libyens mènent aussi davantage de patrouilles, poussant des embarcations fragiles à prendre plus de risques.
Pressions juridico-politiques et incidents en mer
Les ONG dénoncent un environnement légal et sécuritaire de plus en plus hostile, notamment depuis l’arrivée au pouvoir en Italie d’un gouvernement de droite radicale. Le décret Piantedosi (2023) force les navires humanitaires à effectuer de longs détours pour débarquer, et un projet de loi italien signé en février 2026 pourrait interdire l’accès aux eaux territoriales en cas de « menace pour la sécurité nationale » ou de « pression migratoire ». Ces mesures compliquent les choix des capitaines entre devoir d’assistance et risques juridiques.
Parallèlement, les interceptions par les garde-côtes libyens ont augmenté : depuis début 2026, plus de 11 800 personnes ont été refoulées vers la Libye, selon l’OIM. Les ONG et organisations de défense des droits dénoncent l’externalisation de la politique migratoire européenne et les coopérations avec des acteurs libyens accusés d’exactions. SOS Méditerranée rapporte aussi des confrontations directes : le 24 août 2025, l’Ocean Viking a été pris pour cible par un patrouilleur libyen lors d’une opération de secours, provoquant des dégâts matériel mais sans blessés parmi l’équipage ou les 87 personnes secourues.
Mercredi 15 juillet, lors d’un briefing à bord, l’équipe a appris un nouveau naufrage au large de Tobrouk : une embarcation partie de la côte libyenne a chaviré, avec une soixantaine de personnes à bord ; seules dix ont survécu. Malgré ces risques, l’équipage affirme sa volonté de poursuivre les missions de sauvetage et appelle à une approche européenne plus humaine et pragmatique face à la crise.
Source initiale : RFI



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