En Afrique, le rastafarisme reconnu par étapes mais reste juridiquement fragile
Le 15 juillet, la Haute Cour du Kenya a confirmé que le rastafarisme est une religion protégée par la Constitution kényane, mais a rejeté la demande d’une dérogation permettant l’usage rituel du cannabis. Ce jugement résume la situation des rastafaris en Afrique : des reconnaissances partielles obtenues surtout devant les tribunaux, mais une protection juridique incomplète et une invisibilité administrative généralisée.
Une reconnaissance fragmentaire, pays par pays
La décision kényane reconnaît le caractère religieux du mouvement tout en estimant que le rôle du cannabis n’est pas suffisamment central pour justifier une exemption à la loi. Les avocats de la Rastafari Society of Kenya ont annoncé leur intention de faire appel.
Dans plusieurs États africains, les avancées se sont faites au cas par cas devant la justice : au Malawi et au Kenya, des juridictions ont imposé le respect de certains aspects du culte, comme le port de dreadlocks dans les écoles, sans pour autant autoriser l’usage du cannabis. À l’inverse, l’Afrique du Sud apparaît comme une exception où le mouvement est solidement implanté et où l’usage du dagga a été toléré.
Visibilité administrative et terre : des enjeux récurrents
Le rastafarisme, né en Jamaïque dans les années 1930 et lié à la figure de l’empereur éthiopien Hailé Sélassié, s’est implanté en divers points du continent, notamment à Shashamane (Éthiopie), en Afrique du Sud, au Ghana, au Togo, au Bénin, au Burkina Faso et en Côte d’Ivoire. Il n’existe toutefois aucun recensement fiable des fidèles en Afrique, contribuant à une invisibilité administrative.
La question de la terre est un point sensible : les rapatriés installés à Shashamane ont longtemps vécu sans statut clair et n’ont commencé à obtenir des permis et un statut administratif qu’à partir de 2017. Ailleurs, des demandes d’attribution foncière restent sans réponse — à l’île Maurice, l’Association rastafari réclame depuis des décennies un terrain pour l’autonomie agricole et un lieu de culte.
Discriminations et stigmatisation persistantes
Hors de quelques succès juridiques, les rastafaris subissent encore des discriminations quotidiennes : exclusion professionnelle liée aux dreadlocks, traitements différenciés par les forces de l’ordre, et cas plus graves comme la destruction en 2012 d’un village rasta à Port-Bouët (Côte d’Ivoire), dont le litige foncier est resté en justice.
La reconnaissance internationale du reggae — inscrit au patrimoine immatériel de l’Unesco en 2018 — n’a pas entraîné une protection équivalente pour la religion qui a inspiré ce courant musical. Le paysage juridique africain reste donc un patchwork où la liberté de culte et la protection des pratiquants dépendent largement des décisions judiciaires ponctuelles plutôt que d’un cadre légal clair et généralisé.
Source initiale : RFI




Laisser un commentaire