Aphrodite, de la déesse antique à l’objet de désir controversé
Chapô — L’Aphrodite antique n’a pas toujours été perçue comme l’objet d’un regard sensualisé. Une sculpture clé, l’Aphrodite de Cnide de Praxitèle, a profondément modifié la manière dont le corps féminin a été montré et regardé, entraînant siècles de réappropriations, d’admiration et de controverses. L’exposition de l’Ashmolean à Oxford retrace cette histoire.
La révolution de Praxitèle : la « Vénus pudique »
Vers 350 av. J.-C., Praxitèle crée l’Aphrodite de Cnide, première grande figure féminine entièrement nue de la sculpture grecque. Là où la nudité masculine était associée à l’assurance et à l’héroïsme, Praxitèle présente une femme en train de se baigner, prise d’une timidité qui la pousse à tenter de se couvrir. Cette posture, appelée Vénus pudica, invite le regard et récompense la curiosité du spectateur, introduisant une nouvelle manière de scénographier le corps féminin.
Diffusion, copies et héritage
La sculpture originale n’a pas survécu, mais ses copies romaines, comme la Vénus du Capitole, montrent son influence. La Vénus pudica se diffuse dans l’Empire romain, en Europe, en Afrique du Nord et au Moyen-Orient, puis connaît une renaissance au Moyen Âge et à la Renaissance lorsque les artistes redécouvrent les modèles antiques. Par reprises successives, la posture devient un canon qui participe à l’objectivation du corps féminin dans l’histoire de l’art.
Controverses et réappropriations modernes
La récurrence de la figure a suscité des réactions hostiles, de Mark Twain, qui qualifiait certaines toiles de « répugnantes », à l’attaque de la suffragette Mary Richardson contre la Vénus de Rokeby. Mais Aphrodite a aussi été réinterprétée hors du prisme érotique : artistes contemporains et stars de la pop (Beyoncé, Björk, Lady Gaga, Kylie Minogue, Bananarama) l’ont empruntée comme icône, symbole d’émancipation ou simple référence culturelle. L’exposition de l’Ashmolean souligne cette polyvalence : selon les époques et les contextes, la déesse est remodelée pour répondre à des besoins esthétiques, politiques ou commerciaux.
Pratique — « Aphrodite : The Making of a Goddess » est présentée au musée Ashmolean d’Oxford jusqu’au 11 avril 2027.
Source initiale : BBC


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