Expulsions depuis les États‑Unis : en Afrique, des vies laissées en suspens
Des expulsions rapides organisées depuis les États‑Unis ont envoyé des dizaines de personnes vers des pays africains, souvent sans préavis ni possibilité effective de contester le renvoi. Enquête et témoignages révèlent des situations de détention, de clandestinité et d’angoisse, tandis que des avocats mènent des batailles juridiques sur plusieurs continents.
Des trajectoires brisées : de la clandestinité à la prison
Parmi les personnes concernées, Annan (prénom modifié) a fui le Ghana après des persécutions liées à son homosexualité. Protégé par une décision judiciaire aux États‑Unis interdisant son renvoi vers Accra, il a pourtant été expulsé vers la Sierra Leone puis renvoyé rapidement au Ghana, où il a dû fuir et vivre caché, sans eau ni électricité, craignant pour sa vie.
Autre cas, Khai Vo, arrivé aux États‑Unis enfant et expulsé des décennies plus tard vers l’Eswatini, raconte qu’on l’a placé en détention à son arrivée et qu’il y reste depuis plusieurs mois, sans compréhension claire des raisons de sa détention ni perspective de retour. Son avocat local a dû engager une procédure pour obtenir le droit de le visiter.
Des avocats impuissants et des recours déployés
Aux États‑Unis, des avocats dénoncent l’absence d’alerte aux représentants légaux avant l’expulsion de leurs clients. Cette coupure rend difficile toute action et provoque un entre‑deux juridique : une fois hors du sol américain, les personnes expulsées changent de juridiction et l’assistance devient complexe, voire impossible.
Des recours ont été déposés sur plusieurs fronts : une cour d’appel fédérale américaine a jugé illégale, le 18 septembre, la procédure permettant des expulsions rapides vers des pays tiers sans délai suffisant pour exercer des droits. D’autres actions sont engagées devant la Commission africaine des droits de l’homme, la Cédéao et des juridictions nationales, notamment pour demander la suspension d’accords bilatéraux et protéger les personnes contre un renvoi vers leur pays d’origine.
Des États‑partenaires sous le feu des critiques
Les accords entre Washington et certains pays africains prévoient des garanties de respect des conventions internationales, mais des avocats et défenseurs estiment que ces mécanismes sont insuffisants et que, dans les faits, des personnes sont exposées à la persécution, à la détention prolongée ou à la clandestinité.
Alors que des vols d’expulsion vers plusieurs pays d’Afrique étaient attendus, la décision de la cour américaine du 18 septembre pourrait suspendre ces opérations, mais son application et les appels éventuels de l’administration laissent le sort de centaines de personnes déjà expulsées en suspens.
Source initiale : RFI




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