À l’université Wits, décoloniser le savoir en faisant parler les langues maternelles
À l’université de Witwatersrand (Wits), à Johannesburg, la décolonisation des savoirs passe par le langage. À l’école d’architecture, le professeur Nnamdi Elleh a engagé ses étudiants à réfléchir et à formuler des concepts dans leurs langues maternelles, pour les ancrer dans des référents culturels africains plutôt que dans des modèles importés.
Penser dans sa langue pour repenser les concepts
Pour M. Elleh, qui a dirigé l’école pendant sept ans, il est impossible de parler de décolonisation si la façon de penser demeure étrangère. Il invite les étudiants à traduire et à réinterpréter des notions techniques et théoriques dans leurs propres langues afin d’en révéler des sens souvent ignorés par l’enseignement en langues dominantes.
Wits-VITS : un lexique pour les langues locales
La plateforme Wits Innovations Vernaculaires (Wits-VITS) est née de cette volonté. Elle vise à élaborer un lexique de notions complexes en langues vernaculaires. L’objectif est de donner aux mots africains la capacité d’exprimer des concepts académiques, et de montrer que ces langues peuvent être des outils de pensée et d’innovation.
Des définitions qui transforment les pratiques
Exemple frappant : la traduction du mot « paysage » par un étudiant zoulou, qui l’entend comme l’ensemble composé du ciel, de la terre, du vent, de l’air, ainsi que des vivants et des morts. Pour les étudiants, cette réappropriation change la manière d’aborder leurs projets. Marie-Justine Mutabazi, en cinquième année d’architecture, raconte que cette approche l’a recentrée sur l’Afrique et sur des savoirs puisés dans sa culture plutôt que sur des modèles extérieurs.
Dans un contexte universitaire où l’enseignement reste majoritairement en anglais ou en français, l’initiative de Wits montre comment les langues vernaculaires peuvent devenir des instruments modernes de connaissance et de pouvoir intellectuel.
Source initiale : RFI




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