Pourquoi l’Algérie envoie pour la première fois des soldats au Niger
Le 25 octobre, le Parlement algérien a voté une résolution autorisant l’envoi de troupes au Niger — une première depuis 1973. Ce revirement s’inscrit dans un changement de doctrine lancé après la révision constitutionnelle de 2020 et répond à des préoccupations à la fois sécuritaires, économiques et diplomatiques.
Un tournant dans la doctrine militaire
Depuis son indépendance, l’Algérie se réclamait d’une politique non interventionniste. La décision parlementaire marque donc une rupture historique. Les autorités justifient ce déploiement par la nouvelle possibilité constitutionnelle d’envoyer des soldats à l’étranger et par la volonté d’avoir une présence concrète, plutôt que de se limiter aux instruments diplomatiques et multilatéraux.
Protéger des intérêts énergétiques et des infrastructures
Le détachement algérien doit notamment protéger des projets d’investissement de Sonatrach International au Niger. La filiale Sipex exploite le gisement pétrolier de Kafra, à une centaine de kilomètres de la frontière algérienne, qui représente un projet d’envergure pour l’entreprise. Algérie et Niger évoquent aussi le développement d’une coopération énergétique, incluant le projet de gazoduc transsaharien reliant le Nigeria à l’Europe via le Niger et l’Algérie.
Enjeux sécuritaires et message géopolitique
La montée des menaces dans la bande sahélo-saharienne — périmètre où se mêlent jihadisme, trafics et mouvements transfrontaliers — pousse Alger à privilégier une présence locale pour sécuriser sa frontière et ses investissements. Le déploiement intervient après le retrait progressif des troupes françaises du Sahel et dans un contexte où la présence de mercenaires et d’acteurs externes (dont des forces russes) n’a pas apporté les résultats attendus contre les groupes armés.
Politique régionale et diplomatie comptent aussi : le rapprochement entre Alger et Niamey cet année (visites officielles, livraison d’hélicoptères et déploiement d’avions après des troubles au Niger) permet à l’Algérie de rompre un isolement régional et d’adresser un signal aux autres acteurs présents dans la région, comme la Libye et ses forces, mais aussi des États du Golfe ou le Maroc.
Source initiale : France 24




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